Il y a des bateaux qu’on achète par défaut, faute de budget. Et puis il y a l’Etap 22 — qu’on choisit vraiment, pour ce qu’il est. Voilier de croisière côtière, signé par l’architecte néerlandais E.G. Van de Stadt, produit par le chantier belge Etap basé à Malle près d’Anvers, ce petit voilier de 6,70 mètres a une réputation qui dépasse largement sa taille. Le mot qu’on entend tout le temps quand on l’évoque : insubmersible. Et ce n’est pas du marketing.
Les informations essentielles à retenir
- L'Etap 22 mesure 6,70 mètres et est reconnu pour son insubmersibilité 🛥️
- Le prix moyen d'un Etap 22 varie de 2 000 à 8 000 € en fonction de l'état 🚤
- Le bateau offre 4 couchettes et 1,60 m sous barrots, idéal pour des courts séjours ⛺
- L'Etap 22 est transportable grâce à sa quille relevable et son mât basculant 💼
- Deux versions existent : quillard (quille fixe) et quille relevable, chacune avec ses spécificités ⚓
Table des matières
- Ce qu’est vraiment le chantier Etap
- Fiche technique de l’Etap 22
- Ce qu’on ressent à bord
- Le comportement sous voiles : marin mais pas rapide
- L’Etap 22 i : la version améliorée
- Prix du marché en 2024
- Les points à vérifier avant d’acheter
- Transportable : le vrai atout logistique
- L’Etap 22 face à ses concurrents de l’époque
- Pour qui est vraiment fait l’Etap 22 ?
Ce qu’est vraiment le chantier Etap
Avant de parler du bateau lui-même, une mise en contexte rapide. Etap, c’est un chantier belge qui a longtemps fait figure d’exception dans le monde de la voile. Basé en Flandre, il était à l’origine spécialisé dans l’électromécanique — pas dans la construction navale. Et c’est peut-être ce regard d’ingénieur qui explique leur obsession pour la sécurité structurelle.
Tous leurs voiliers, sans exception, étaient construits avec une mousse injectée entre le contre-moule et la coque. Le résultat : une flottabilité résiduelle même en cas de remplissage complet. En clair, le bateau ne coule pas. Ce n’est pas une option, ce n’est pas une version spéciale — c’est la philosophie du chantier depuis le départ.
L’Etap 22, c’est le tout premier modèle de cette lignée. Le bateau qui a lancé l’histoire.
Le chantier a aujourd’hui disparu. Mais les bateaux, eux, tournent encore.
Fiche technique de l’Etap 22
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Longueur hors-tout | 6,70 m |
| Largeur | 2,45 m |
| Tirant d’eau (quille fixe) | ~1,10 m |
| Tirant d’eau (quille relevable) | 0,35 / 1,10 m |
| Déplacement | ~900 kg |
| Surface de voilure | ~22 m² |
| Hauteur sous barrots | 1,60 m |
| Couchettes | 4 |
Deux versions ont coexisté : le quillard (quille fixe) et la version quille relevable. Les performances en navigation restent globalement équivalentes entre les deux — on ne va pas se mentir, ce n’est pas un bateau de régate. Mais l’appendice mobile permet de réduire le tirant d’eau à 35 cm, ce qui ouvre beaucoup de portes pour naviguer dans des zones peu profondes, tirer le bateau sur une plage, ou le stocker sur remorque sans galère.
La version à quille relevable demande davantage d’entretien. Le mécanisme vieillit, se grippe, s’use. À vérifier absolument avant achat.

Ce qu’on ressent à bord
Le plan de pont est dit « à teugue » — sans rouf saillant. C’est un choix de conception qui divise. D’un côté, la circulation sur le pont est vraiment agréable, on ne se prend pas le roof dans les tibias à chaque manœuvre. De l’autre, ça limite les hauteurs intérieures et donne au bateau un profil assez plat qui ne fait pas rêver tout le monde visuellement.
Le cockpit est fonctionnel. Franchement, c’est rare que je l’écrive sans réserve pour un voilier de cette époque, mais la disposition tient la route. Petit bémol : les hiloires sont étroites. Trop. Pour une journée par mer formée, c’est vite inconfortable — on ne s’y appuie pas vraiment, on s’y accroche.
À l’intérieur, 1,60 m sous barrots pour un 6,70 m, c’est honnête. Quatre couchettes, une table, un coin cuisine. Pas de luxe, mais suffisant pour deux ou trois jours d’autonomie sans souffrir.
Le comportement sous voiles : marin mais pas rapide
L’Etap 22, on ne va pas tourner autour du pot, c’est un bateau marin. Pas un bateau rapide.
Par petit temps — moins de 10 nœuds de vent — il manque de vivacité. La surface de voilure est raisonnable mais le bateau est plutôt pataud à accélérer. Pour le faire démarrer, il faut le faire gîter et lui faire piquer du nez légèrement. Une technique qui s’apprend, mais qui surprend au départ.
En revanche, dès que le vent monte, l’Etap 22 change de caractère. Il encaisse la brise, reste à plat, rassure. C’est là qu’on comprend pourquoi le bateau a sa réputation. Un coup de vent en Manche sur un 22 pieds, c’est quelque chose — et sur cet Etap, on sait qu’on ne coulera pas. Ça change l’état d’esprit.
Le grand génois est exigeant à border, surtout en équipage réduit. Prévoir des winches en bon état.
L’Etap 22 i : la version améliorée
À partir de 1986, le chantier a remplacé l’Etap 22 original par l’Etap 22 i. Version plus soignée, meilleures finitions, gréement revu. Cette version est nettement plus recherchée sur le marché de l’occasion, et ça se voit sur les prix.
Si vous cherchez un Etap 22, soyez précis dans vos recherches : un « 22 » d’avant 1986 et un « 22 i » des années 90 ne se valent pas exactement au même prix ni dans le même état général.
Prix du marché en 2024
Le marché de l’Etap 22 d’occasion est assez clair.
| État du bateau | Fourchette de prix |
|---|---|
| Peu équipé, souvent en Méditerranée | 2 000 € à 3 500 € |
| Bien suivi, voilé, motorisé | 4 500 € à 7 000 € |
| Etap 22 i en bon état | 5 000 € à 8 000 € |
Pour le prix d’une annexe neuve avec son moteur hors-bord, on peut donc s’offrir un vrai croiseur côtier insubmersible. C’est le genre de phrase qui fait bizarre la première fois qu’on la lit. Mais c’est la réalité du marché.
Les points à vérifier avant d’acheter
C’est là que beaucoup de gens se plantent. On voit « insubmersible », on baisse la garde, et on rachète les problèmes du propriétaire précédent. Voilà ce que je regarderais systématiquement.
La mousse d’insubmersibilité
La mousse peut se dégrader avec le temps. Elle peut s’imbiber d’eau — et là, c’est l’effet inverse : au lieu de maintenir la flottabilité, elle alourdit le bateau. Difficile à détecter sans ouvrir, mais une pesée approximative, les traces d’humidité, le comportement du bateau sur l’eau peuvent donner des indices. Demandez l’historique, s’il existe.
La quille (version relevable)
Le mécanisme de relevage — câble, vérin, ou autre selon les années — vieillit mal. Un mécanisme grippé, c’est une quille bloquée dans une mauvaise position au mauvais moment. Testez-le plusieurs fois, sous différents angles. Et si le vendeur « n’a pas eu besoin de la relever depuis longtemps », méfiez-vous.
Le talonnage (quillard)
Sur les quillards, regardez l’état de la quille et du pied de quille. Un bateau qui a beaucoup talonné — échoué sur le fond, raclé des hauts-fonds — peut avoir des microfissures au niveau de l’interface coque/quille. Demandez carrément si le bateau a talonné et comment ça a été réparé.
L’osmose
Bateau à l’eau toute l’année ? Regardez la coque de près. L’osmose, sur un bateau de cette génération, c’est fréquent. Et le traitement coûte cher — souvent entre 2 000 et 5 000 € selon l’état — sans compter les 6 mois minimum d’immobilisation pour le séchage complet.
Les passe-coques
Vieux bateau, vieux passe-coques. Les joints se détériorent, les bronzes s’électrolysent. Une infiltration lente depuis un passe-coque mal joint peut avoir mouillé la mousse sur des années sans que personne s’en aperçoive.
Transportable : le vrai atout logistique
Un truc qu’on oublie souvent quand on compare des voiliers de cette taille : l’Etap 22 est transportable. La quille relevable réduit le tirant d’eau à 35 cm, et le mât est basculant sur jumelles — on peut le coucher sans engin de levage. Du coup, le bateau peut partir sur remorque, éviter les frais de port, se stocker dans un garage ou sur un terrain.
Pour quelqu’un qui navigue en Bretagne l’été et veut descendre en Méditerranée pour l’hiver sans passer par la mer, c’est un argument concret. Pas besoin de convoyeur, pas besoin de rechercher une place de port.
Mais cette facilité de transport a un coût en fiabilité : le mât basculant implique un système d’articulation qui mérite attention. Vérifiez les jumelles, les goupilles, l’articulation elle-même.
L’Etap 22 face à ses concurrents de l’époque
L’alternative la plus citée reste le First 20 de Bénéteau. Plus nerveux sous voiles, cockpit plus confortable, jupe arrière — il était plus agréable à barrer par petits airs. Mais il n’est pas insubmersible (seule la toute première version l’était). Et là, selon votre profil de navigateur, ça change tout.
Si vous naviguez en famille, avec des enfants à bord, si vous sortez souvent seul, si vous fréquentez des zones avec du trafic ou des fonds peu cartographiés — l’insubmersibilité de l’Etap n’est pas un détail. C’est une vraie assurance mentale qui change la façon de naviguer.
Et la façon de dormir la nuit au mouillage, aussi.
Pour qui est vraiment fait l’Etap 22 ?
Pas pour quelqu’un qui veut régater. Pas pour quelqu’un qui cherche une interclusses ou un grand large — la hauteur sous barrots à 1,60 m, ça suffit pour une nuit, pas pour une traversée de plusieurs semaines.
L’Etap 22, c’est le voilier idéal pour débuter la croisière côtière avec un budget serré, pour naviguer en famille sur des sorties weekend, pour quelqu’un qui revient à la voile après une pause et veut retrouver ses marques sur un bateau fiable. C’est aussi un voilier qu’on peut entretenir soi-même sans être mécanicien naval diplômé — la construction est solide, les systèmes restent simples.
Mais surtout, c’est un bateau qui ne coule pas.
Dans le monde des voiliers d’occasion à moins de 7 000 €, ça reste une qualité assez unique.