Zadar, c’est la ville croate dont tout le monde dit « ah oui, c’est pas loin de Dubrovnik » avant de changer de sujet. Grosse erreur. La ville n’est même pas sur la même côte que Dubrovnik — elle est à 400 kilomètres au nord, sur la Dalmatie centrale, et elle a un profil complètement différent. Moins touriste de luxe. Plus vivante, plus populaire, plus honnête dans ses prix.
J’y ai passé cinq jours l’été dernier, à moitié par hasard (un vol Transavia à 38€ depuis Orly, difficile de dire non), et j’en suis revenu avec la conviction que c’est l’une des meilleures bases de la Méditerranée pour combiner ville historique, nature sauvage et mer. Voici comment j’aurais organisé ces cinq jours si j’avais su ce que je sais maintenant.
Les informations essentielles à retenir
- Zadar se situe à 400 km au nord de Dubrovnik, en Dalmatie centrale, et est moins touristique 🗺️
- Le parc national de Krka est à une heure de Zadar, prévoyez trois heures de marche 🌊
- La plage de Sakarun, sur Dugi Otok, est accessible en ferry en 1h30; c'est une plage de sable fin 🏖️
- Les lacs de Plitvice, classés par l'UNESCO depuis 1979, présentent la chute Veliki Slap de 78 mètres 🌳
- Le paški sir, fromage de brebis de l'île de Pag, peut être goûté à la fromagerie Sirana Gligora 🧀
- Zadar a un aéroport (ZAD) avec des vols depuis Paris; le tarif est de 40-80€ l'aller-retour ✈️
Jour 1 — La rivière Zrmanja en canoë : commencer fort
Ne gardez pas les activités physiques pour la fin. Corps encore frais, jambes encore motivées : le premier jour, partez sur la rivière Zrmanja.
Le principe : bus depuis Zadar jusqu’à Kaštel Žegarski, équipement fourni sur place (gilet, casque, contenants étanches), et 12 kilomètres de rivière devant vous. Les guides sont là, mais on ne vous tient pas la main non plus — c’est le bon équilibre. L’eau est transparente, froide, et les rapides sont calibrés pour que même les débutants ne se sentent pas idiots. Le point fort du parcours arrive vers la fin : une cascade d’environ 3 mètres que vous passez en canoë. Adrénaline garantie, souvenir garanti.
Comptez une demi-journée. L’après-midi, retour à Zadar pour explorer le bord de mer et repérer vos quartiers — parce que la vieille ville, ça se mange mieux quand on commence à la connaître à pied, sans agenda.
La vidéo ci-dessous en lien avec cet article pourrait vous intéresser :
Jour 2 — Le parc national de Krka : un cliché qui mérite son statut
Oui, tout le monde y va. Et oui, c’est quand même spectaculaire.
Le parc est à une heure de Zadar. La plupart des gens prennent un bus organisé depuis le centre, ce qui évite les galères de parking (et les parkings sont devenus payants et saturés en juillet-août — autant l’anticiper). Le ferry depuis Skradin jusqu’à l’entrée du parc dure une vingtaine de minutes et c’est déjà beau.
La cascade de Skradinski Buk, c’est ce que vous avez vu sur Instagram. Ce que les photos ne montrent pas, c’est le bruit — sourd, permanent, légèrement hypnotique — et la fraîcheur qu’elle dégage autour d’elle dans une chaleur de 32°C. Les sentiers en bois serpentent au-dessus des bassins turquoise, il y a des truites visibles à l’œil nu, des grenouilles dans les roseaux. Prévoyez trois heures de marche tranquille.
Petit bémol : la baignade directement sous les cascades est désormais interdite depuis 2021. Vous pouvez nager dans certaines zones délimitées, mais le spot « carte postale » n’est plus accessible à la nage. Ça change l’expérience, c’est honnête de le dire.
Si vous avez le temps et la voiture, le domaine viticole Sladic est à 30 minutes de Skradin — dégustation de vins dalmates, charcuterie locale, ambiance cave familiale. Pas du tout touristique. Vraiment bien.

Jour 3 — Plages et décélération
Après deux journées bien chargées, le corps réclame du calme. Écoutez-le.
La plage de Sakarun, sur l’île de Dugi Otok, est l’une des rares plages de sable fin de la région — parce que la côte dalmate est majoritairement rocheuse, c’est à noter. Eau peu profonde, idéale si vous voyagez avec des enfants ou si vous avez juste envie de flotter sans effort. L’accès se fait en ferry depuis le port de Zadar — comptez 1h30 environ selon la compagnie.
Mais franchement, si Dugi Otok vous semble trop logistique, les criques rocheuses autour de la vieille ville ont leur charme. Moins « carte postale », plus locales. Les Zadarois eux-mêmes y nagent le soir après le travail — et c’est exactement l’ambiance qu’on cherche.
| Plage | Type | Accès | Ambiance |
|---|---|---|---|
| Sakarun (Dugi Otok) | Sable fin | Ferry 1h30 | Familiale, eau peu profonde |
| Kolovare | Galets/rochers | À pied depuis la vieille ville | Locale, moins touristique |
| Criques de Puntamika | Rochers | Bus + marche | Calme, snorkeling possible |
Jour 4 — La vieille ville de Zadar : deux millénaires au mètre carré
Zadar a été fondée par les Romains. Pas métaphoriquement — le Forum est toujours là, en plein centre, avec ses colonnes et ses dalles qui ont vu passer deux mille ans de piétons. Une colonne isolée servait encore au Moyen Âge à enchaîner et humilier les criminels en public. L’histoire est partout, elle n’est pas muséifiée derrière des barrières.
La vieille ville se parcourt à pied — c’est une presqu’île compacte, bien délimitée par les remparts vénitiens. Commencez par la Porte de la Mer (Morska Vrata), entrée monumentale du XVIe siècle côté port. Remontez vers l’église Saint-Donat, cylindrique et massive, construite au IXe siècle sur les ruines du forum romain — l’intérieur est étrangement apaisant, acoustique parfaite. La cathédrale Sainte-Anastasie est juste à côté : façade romane sobre, intérieur plus chargé.
Et l’Orgue de mer. Obligatoire.
C’est l’architecte Nikola Bašić qui a eu cette idée en 2005 : creuser des tuyaux sous les escaliers du bord de mer, laisser les vagues de l’Adriatique s’y engouffrer, et produire une musique sans partition ni musicien. Le résultat est étrange — pas vraiment une mélodie, plutôt un souffle, une respiration de la mer. Selon l’état de la houle, le son change complètement. J’y suis resté vingt minutes debout sans raison valable. Ce n’est pas nul, c’est juste envoûtant.
Juste à côté, la Salutation au Soleil — même architecte — est un cercle de verre de 22 mètres de diamètre. De jour, rien de fou. La nuit, quand les 300 panneaux photovoltaïques rechargés dans la journée s’illuminent en jeux de couleurs, c’est autre chose. Les locaux s’assoient autour au coucher du soleil. Faites pareil.
Pour le dîner, le restaurant Foša est une valeur sûre — terrasse sur l’eau, poissons fraîchement pêchés, poulpe grillé qui n’a rien à envier à ce qu’on mange en Grèce. Réservez la veille en saison.
Jour 5 — Croisière vers les Kornati ou les lacs de Plitvice
Deux options très différentes selon votre profil. Ni l’une ni l’autre n’est mauvaise, mais elles ne s’adressent pas aux mêmes personnes.
Option mer : l’archipel des Kornati
Les Kornati, c’est 89 îles désertes. Vraiment désertes — pas d’habitants permanents, pas de routes, juste du calcaire blanc, du maquis, des falaises qui tombent à pic dans une eau d’un bleu qui semble irréel. L’excursion en bateau depuis Zadar prend la journée entière. On fait escale dans des criques pour nager, on passe devant des grottes marines, on mange à bord. Certaines excursions incluent aussi un passage devant une épave de bateau de la Seconde Guerre mondiale — l’eau est assez claire pour voir la coque à travers le masque et le tuba.
Petit point d’honnêteté : si la mer est agitée, certaines criques et grottes sont inaccessibles. Ça arrive. Renseignez-vous la veille sur les conditions.
Option terre : les lacs de Plitvice
Deux heures de route depuis Zadar. Ce parc est classé à l’UNESCO depuis 1979, et pour le coup, le classement se justifie complètement. Seize lacs en cascade, reliés par des chutes d’eau, avec des passerelles en bois qui passent au ras de l’eau. L’eau est d’une transparence aberrante — verte, bleue, turquoise selon la profondeur et l’heure — et la forêt autour est dense et fraîche.
La grande chute, Veliki Slap, est la plus haute de Croatie. 78 mètres. En face, on se sent minuscule de façon agréable.
Prévoyez 4 à 5 heures sur place pour faire le tour complet. Arrivez tôt (avant 9h) en juillet-août — les entrées sont contingentées et les groupes arrivent en masse vers 10h. Avec une voiture de location depuis Zadar, c’est tout à fait faisable en aller-retour dans la journée.
| Kornati (croisière) | Plitvice (voiture) | |
|---|---|---|
| Distance de Zadar | ~1h30 en bateau | ~2h en voiture |
| Budget estimé | 60-90€/pers. | 35-40€ entrée + essence |
| Adapté aux enfants | Oui (selon mer) | Oui |
| Dépend de la météo | Fortement | Peu |
| Point fort | Isolement, baignade | Cascades, faune |
Ce qu’on ne vous dit pas assez sur Zadar
La ville a une vie nocturne réelle, pas juste du tourisme. Le quartier de Varoš, à l’ouest de la vieille ville, concentre des bars fréquentés par des artistes et des locaux — loin des terrasses pour touristes en claquettes. Le Garden Lounge sur les remparts est une institution estivale : vue sur l’Adriatique, musique correcte, soirées qui s’étirent naturellement jusqu’à 2h du matin.
Pour la gastronomie locale, le mot à retenir c’est peka — une technique de cuisson sous cloche en braises, qui donne un agneau ou une pieuvre d’une tendreté déconcertante. Certains restaurants (et certains ateliers de cuisine organisés par des adresses comme Wine & Food Hedonism) vous permettent d’apprendre à la préparer. C’est un souvenir qui tient au ventre, au sens propre.
Mais la vraie révélation, pour moi, c’était l’île de Pag à 45 minutes au nord. Le paški sir, le fromage de brebis produit là-bas — les bêtes broutent des herbes salines balayées par le vent de bora, et ça se goûte vraiment dans le résultat. La fromagerie Sirana Gligora à Kolan fait des visites avec dégustation. Moins spectaculaire qu’un parc national, et franchement inoubliable.
Infos pratiques
Vols : Zadar a son propre aéroport (ZAD), desservi depuis Paris par des low-cost en saison. 40-80€ l’aller-retour si vous réservez deux mois à l’avance.
Logement : La vieille ville est idéale pour se loger — à pied de tout, animée le soir mais pas insupportable. Comptez 80-120€ la nuit pour un appartement de qualité en haute saison. Les hôtels plus récents à l’extérieur des remparts sont souvent moins chers mais vous perdez l’ambiance.
Déplacements : Une voiture de location est utile pour Plitvice et Pag. Pour Krka, le bus organisé suffit. Pour les îles, ferry ou excursion en bateau.
Monnaie : La Croatie est passée à l’euro en janvier 2023. Plus besoin de se ruiner en frais de change — bon point.
