À qui appartient le bateau le Belem : détails complets

Divers

Par Bertrand

À qui appartient le bateau le Belem : détails complets

La question revient souvent, surtout depuis que ce trois-mâts a transporté la flamme olympique jusqu’à Marseille en mai 2024. Deux cent mille personnes dans le Vieux-Port, Florent Manaudou qui allume la torche, la Patrouille de France qui passe au-dessus — et tout le monde qui se demande à qui appartient ce navire qui vient de devenir la star des JO. La réponse courte : la Fondation Belem en est propriétaire depuis 1980. Mais derrière cette réponse simple se cache une histoire de propriétaires successifs qui ressemble un peu à une saga familiale — avec des riches, des aristocrates, des brasseurs irlandais et, finalement, une fondation française.

On démêle tout ça.

Les informations essentielles à retenir

  • La Fondation Belem possède le navire depuis 1980 après son rachat par la Caisse d'Épargne 🏛️
  • Le Belem a été construit en 1896 aux chantiers Dubigeon à Nantes, mesurant 58 mètres de long 📏
  • En 2023, le coût de la dernière restauration a atteint 1 723 705 € hors taxes 💸
  • Environ 2 000 personnes embarquent chaque année pour des stages de navigation dès 14 ans 🚢
  • Le Belem a survécu à la destruction de Saint-Pierre en 1902, échappant à 28 000 morts 🌋

Le Belem naît nantais (1896)

Tout commence à Nantes. Le 10 juin 1896, après six mois de construction aux chantiers Dubigeon de Chantenay, un trois-mâts sort des cales. L’armateur qui a passé la commande s’appelle Fernand Crouan — un homme d’affaires nantais qui a besoin d’un navire fiable pour ses routes transatlantiques vers le Brésil.

Le bateau mesure 58 mètres de long, 34 mètres de haut. Coque en acier rivetée, capable de transporter 675 tonnes de marchandises avec un équipage de 13 hommes seulement. Modeste pour un navire de commerce, mais tellement bien proportionné que Crouan lui-même le surnomme « yacht ». Son nom ? Belem — comme la ville brésilienne où la maison Crouan avait un comptoir.

Sa mission première : ramener du cacao depuis le Brésil pour les chocolateries Menier (ou Meunier selon les sources — les deux orthographes circulent, probablement la même famille). Puis du rhum et du sucre depuis les Antilles.

Trente-trois campagnes transatlantiques au compteur. Pas mal pour un début.

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Aperçu de la vidéo

Le hasard qui lui a sauvé la vie (1902)

Petite parenthèse qui mérite d’être racontée parce qu’elle est dingue.

Le 7 mai 1902, le Belem arrive à Saint-Pierre, en Martinique. Mais le quai est occupé. Le capitaine Julien Chauvelon décide de contourner l’île et de se diriger vers le port du Robert. Le lendemain matin — 8 mai 1902 — la montagne Pelée entre en éruption et détruit intégralement Saint-Pierre. 28 000 morts. Une vingtaine de navires coulés dans le port.

Le Belem, lui, est de l’autre côté de l’île. Intact.

À qui appartient le bateau le Belem : détails complets

Le duc de Westminster, premier grand propriétaire étranger (1914)

En 1914, après trente-trois campagnes, la vie commerciale du Belem s’arrête. L’armement Crouan le vend. L’acheteur ? Le duc de Westminster, aristocrate britannique, l’un des hommes les plus riches d’Angleterre à l’époque — proche de la famille royale, le genre de type qui possède des châteaux et des yachts comme d’autres ont des vélos.

Le Belem change de pavillon. Il devient anglais. Et surtout, il change de vocation : fini le cacao, place au luxe. On installe des moteurs, on crée 14 cabines avec salles de bains, une bibliothèque, un fumoir en acajou de Cuba. Le navire de commerce devient yacht de plaisance. Une transformation radicale.

La famille Guinness s’en empare (1921)

Sept ans plus tard, en 1921, nouveau propriétaire. Sir Arthur Ernest Guinness — oui, de la famille des brasseurs irlandais, vice-président de la brasserie — rachète le bateau et le rebaptise Fantôme II.

L’histoire qui suit est assez savoureuse : pour fêter l’anniversaire de l’une de ses trois filles, Guinness organise un tour du monde en famille à bord. Entre 1923 et 1924, le Fantôme II fait escale à Caracas, Panama, Tahiti… On parle d’une piscine improvisée dans les voiles. Le « happy yacht », comme ils l’appelaient eux-mêmes.

À l’approche de la Seconde Guerre mondiale, le navire est désarmé à l’île de Wight. Il restera là, sans équipage, pendant toute la durée du conflit. Ce qui l’a probablement sauvé des bombardements.

La parenthèse italienne et la Fondation Cini (1951-1979)

En 1951, le bateau traverse la Manche — dans l’autre sens cette fois. Vittorio Cini, puissant industriel italien, l’achète pour le centre nautique de sa fondation à Venise. Il le rebaptise Giorgio Cini, en hommage à son fils mort dans un accident d’avion en 1949.

Le luxe laisse place au pédagogique. Dortoir, cantine, salle d’étude. Chaque été, 80 élèves embarquent pour des croisières en Méditerranée. Gréement simplifié, ambiance école de marin.

C’est une époque assez méconnue du Belem — mais c’est là que se forge son identité de navire-école, celle qu’il garde encore aujourd’hui.

Le retour en France et la Fondation Belem (1979-aujourd’hui)

1979. La Caisse d’Épargne repère le bateau en Italie et le rachète. Elle lui rend son nom d’origine — le Belem — et, surtout, crée la Fondation Belem à laquelle elle fait immédiatement don du navire.

C’est cette fondation qui en est l’actuelle propriétaire. Depuis 1980, officiellement.

Le navire est remorqué jusqu’en France avec l’aide de la Marine nationale, restauré à Brest sous la direction de Jean Randier — ancien officier de la marine marchande — puis amarré quelques temps au pied de la tour Eiffel pour le faire découvrir au grand public. En 1984, classement en monument historique. Depuis, l’État participe aux restaurations via la DRAC des Pays de la Loire, qui finance une part significative des travaux.

Et ces travaux ne sont pas anodins. La dernière grande restauration en date — réalisée entre décembre 2022 et avril 2023 en cale sèche à Saint-Nazaire — a coûté 1 723 705 € hors taxes. La DRAC en a financé 40 %, soit environ 689 000 €. Le reste, à la charge de la Fondation.

Propriété ≠ gestion (une distinction importante)

C’est un point que beaucoup confondent. La Fondation Belem est propriétaire du navire. Mais elle ne le gère pas directement au quotidien.

Pendant quarante ans, c’est la Compagnie Maritime Nantaise qui s’en occupait. En 2019, quand cette compagnie a été rachetée par le groupe Sogestran et a changé de stratégie, elle a passé la main. Après un appel d’offre, c’est ST Management — une entreprise basée à Mérignac, en Gironde — qui a hérité du contrat au 1er décembre 2019.

ST Management gère l’équipage, assure l’entretien et la sécurité. Le directeur général adjoint de la boîte, Francis Laverrière, avait lui-même été second capitaine sur le Belem il y a une vingtaine d’années — ce qui n’est probablement pas étranger au fait qu’ils ont remporté l’appel d’offre. Le port d’attache officiel reste Nantes.

Récap : les propriétaires du Belem depuis 1896

PériodePropriétaireNationalitéUsage
1896 – 1914Armement Fernand CrouanFrançaisCommerce (cacao, rhum, sucre)
1914 – 1921Duc de WestminsterBritanniqueYacht de luxe
1921 – 1951Sir Arthur Ernest GuinnessIrlandais/BritanniqueYacht familial (Fantôme II)
1951 – 1979Vittorio Cini / Fondation CiniItalienNavire-école (Giorgio Cini)
1979 – 1980Caisse d’Épargne (rachat)FrançaisTransition
Depuis 1980Fondation BelemFrançaiseNavire-école & patrimoine

Ce que ça veut dire concrètement aujourd’hui

Le Belem, c’est aujourd’hui environ 2 000 personnes par an qui embarquent à son bord pour des stages de navigation. Dès 14 ans, c’est possible. Le reste du temps, le navire est visitable dans ses escales — la Fondation publie le calendrier sur son site.

Classé monument historique, il navigue sous autorisation du ministère de la Culture. C’est la DRAC Pays de la Loire qui délivre ces autorisations chaque année. Un bateau de 130 ans qui navigue encore, c’est rare — et ça nécessite un suivi permanent.

Mais ce qui est frappant dans l’histoire de la propriété du Belem, c’est à quel point chaque époque a failli lui être fatale. La montagne Pelée en 1902. La Seconde Guerre mondiale pendant laquelle il a passé des années immobile à l’île de Wight. Et la période italienne où personne n’était sûr qu’il rentrerait un jour en France.

C’est finalement une banque — la Caisse d’Épargne — qui a eu l’idée de le racheter et de créer une fondation pour en assurer la pérennité. Pas forcément le scénario qu’on aurait imaginé. Mais c’est grâce à cette structure que le dernier grand voilier de commerce français à coque acier existe encore aujourd’hui.

Et en 2024, il transportait la flamme olympique. Pas mal pour un bateau de 128 ans.

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